
Les nazis ont appelé Interessengebiet la zone de 40 km² qui entourait le camp de concentration d’Auschwitz. Cette « zone d’intérêt » permettait d’isoler le camp de concentration afin d’empêcher toute forme de solidarité de la part de la population voisine.
La zone d’intérêt est donc, dans le discours, ce qui permet d’isoler et d’anesthésier. Elle est aussi, à l’instar du film de Jonathan Glazer, ce qui rend “diffus” au sens du subreptice.
Au cours de notre ciné-séminaire Stilleben, notre réflexion s’est intéressée à la fonction de l’image, en particulier dans le fantasme, le rêve et la mémoire. Nous avons récemment pu distinguer l’image qui construit la continuité de l’imaginaire, une représentation de nous-mêmes, de l’image iconique, composite, que l’on retrouve dans le fantasme.
The Zone of Interest interroge la perméabilité et les passages entre deux champs d’existence pour lesquels le langage et la notion de “lieu” avaient pourtant pour fonction de maintenir absolument séparés. Le film met ainsi en image – par des moments minuscules, semblables à des intensités traumatiques – comment un champ d’existence s’infiltre dans l’autre, faisant que la mort et le vivant s’imprègnent et s’interpénètrent en continu, sous nos yeux. Là où on aurait voulu faire taire d’autres existences susceptibles de renverser les vérités d’un système/discours technique et organisationnel d’extermination, les vivants tus et les traces des morts, restent et demeurent, jusqu’à infiltrer les corps des exterminateurs.
Notre rencontre du jeudi 9 avril nous permettra de reprendre nos discussions précédentes à la lumière des questionnements que La Zone d’Intérêt déploient.